Pilule Empoisonnée: L’histoire de la méfloquine du laboratoire à la salle d’audience

Partie 3: mardi psycho et mercredi loufoque

Dans l’édition du 8 mai 1989 du New York Times, un article insignifiant rapporte l’approbation de l’administration du médicament et du médicament pour le nouveau médicament antipaludique, Lariam. Il note que le développeur du médicament, le commandement de la recherche et du développement médical de l’armée, ainsi que Hoffmann-La Roche et l’Organisation mondiale de la santé, qui ont collaboré au projet avec l’armée.

Il ajoute que le paludisme infecte chaque année entre 300 et 400 millions de personnes et que 3 à 5 millions d’entre elles en mourront. Les voyageurs du monde entier peuvent désormais le faire sans craindre de contracter le paludisme, grâce aux bonnes personnes de Roche Pharmaceuticals, de l’OMS et de l’armée des États-Unis.

Un Avertissement passe Inaperçu

Puis, en novembre, trois médecins des Centers for Disease Control d’Atlanta ont envoyé une lettre au New England Journal of Medicine. Il s’agit de la première apparition dans la littérature de la psychose induite par la méfloquine en tant que réaction indésirable. Pour citer l’article:

La récente homologation de la méfloquine aux États-Unis a des conséquences importantes pour la protection des visiteurs dans les zones où le paludisme à P. falciparum est résistant à la chloroquine. Pour clarifier l’absorption et le métabolisme de la méfloquine, nous avons mené une étude pharmacocinétique chez des adultes américains en bonne santé. Nous avons constaté un taux inattendu de réactions indésirables à un médicament.

Trois sujets (43%) présentaient des symptômes neurologiques suffisamment graves pour nuire au fonctionnement normal pendant 3 à 14 jours. Toutes les réactions étaient transitoires et résolues spontanément. Les réactions individuelles variaient considérablement et ne correspondaient pas aux concentrations sanguines de méfloquine ni aux variables pharmacocinétiques (demi-vie d’élimination, concentration maximale et heure de concentration maximale;

Le niveau du métabolite acide a atteint son maximum à 14 jours, suffisamment longtemps après le début des réactions indésirables pour suggérer que les symptômes résultaient principalement de la substance médicamenteuse.

L’incidence élevée de troubles neurologiques après une dose thérapeutique de méfloquine est préoccupante et semble être nettement supérieure à celle constatée précédemment. On a signalé que le médicament cause une toxicité neurologique grave, notamment des convulsions et une psychose, chez les voyageurs français recevant la méfloquine pour le paludisme.6, 7 Il est nécessaire de recueillir davantage d’informations pour déterminer si de telles réactions se produisent lors de l’utilisation prophylactique de la méfloquine. De tels effets secondaires pourraient dissuader le voyageur de se conformer au régime prophylactique. Il faut également déterminer si la fonction psychomotrice est suffisamment altérée pour poser un risque pour les personnes prenant de la méfloquine.

Leslie C. Patchen, M.S.
Carlos C. Campbell, M.D., M.P.H.
Sharyon B. Williams, B.S.
Centres de contrôle des maladies, Atlanta, GA 30333

Ce serait une révélation de bombe. Des essais cliniques antérieurs avaient démontré de très faibles taux d’effets indésirables, et ce rapport va à l’encontre des résultats des autres essais.

Une autre lettre adressée au Lancet en avril 1990 par des médecins de l’Institut des sciences médicales des forces armées à Bangkok indiquait notamment ce qui suit:

Les réactions neurologiques, allant du vertige et de l’incapacité de concentration aux réactions psychotiques », après le traitement par la méfloquine et la prophylaxie, ont posé la question des risques de la prophylaxie à la méfloquine. Cela préoccupe particulièrement les médecins qui doivent recommander une prophylaxie aux personnes qui voyagent dans des régions où Plasmodium falciparum est multirésistant. Nous rapportons notre expérience de prophylaxie à la méfloquine chez des soldats américains qui s’entraînaient en Thaïlande pendant 6 semaines en 1988.

Institut des sciences médicales des forces armées, Bangkok 10400, Thaïlande JAMES D. ARTHUR G. DENNIS SHANKS PETER ECHEVERRIA

Un modèle commençait à émerger. Au cours des trois premières années des années 90, des centaines, voire des milliers d’études et d’essais ont été menés sur la méfloquine et ont été testés selon diverses combinaisons et différents scénarios. Ces études ont généralement donné de bons résultats. Bien que certains effets psychologiques graves aient été signalés, ils ont été signalés comme étant rares et on pense généralement qu’un autre facteur est impliqué, comme l’abus de drogue ou d’alcool.

Mais on commençait à voir des lettres dans une myriade de revues médicales, qui contredisaient les résultats positifs des études. Ils disaient tous la même chose, à savoir que la méfloquine était une drogue dangereuse à éviter. Malheureusement, ces avertissements n’ont pas été entendus ou entendus et, en 1993, ils conduiraient à une tragédie.

Somalie

Guerre civile en Somalie, 1992

En 1992, la Somalie était un État sans lois et en faillite, dirigé par des chefs de guerre. Afin d’aider à rétablir l’ordre, les Nations Unies ont parrainé un effort humanitaire qui surveillerait également un cessez-le-feu négocié dans le pays. Il s’appelait ONUSOM I et durerait jusqu’en décembre de la même année.

Il a été remplacé par l’UNITAF, le groupe de travail uni, qui n’était pas dirigé sous les auspices de l’ONU, mais était plutôt un groupe de travail dirigé par les États-Unis, avec la participation d’autres pays, dont le Canada. Le contingent canadien serait composé d’un groupement tactique du Régiment aéroporté du Canada.

Dès le début, la mission canadienne était en proie à une controverse. La sélection du régiment aéroporté pour cette mission particulière a fait l’objet de discussions et de débats approfondis, et l’argument est toujours avancé aujourd’hui. Au départ, la mission devait être strictement de nature humanitaire et de maintien de la paix, mais la situation a commencé à se compliquer lorsque la mission a ensuite permis aux troupes d’être pleinement armées et elles ont commencé à se préparer pour une mission de combat. Les modifications continuelles des règles d’engagement contribueraient à la situation stressante sur le terrain.

Cela a fait du régiment aéroporté un choix étrange pour cette affectation. Généralement, les missions de maintien de la paix impliqueront des troupes non armées, elles porteront leurs armes mais elles ne seront pas chargées. Les exigences impliquent l’observation d’une posture plus défensive, telle que la mise en place de périmètres de camp, la conduite de patrouilles de routine, l’observation d’activités, ainsi que l’exécution de plusieurs tâches humanitaires dans les environs. Ces fonctions font partie du statut de soldat d’un régiment d’infanterie, à l’instar du Princess Patricia’s Canadian Light Infantry, qui possédait une grande expérience des opérations de maintien de la paix à cette époque.

Le Régiment Aéroporté était cependant différent. Destiné à être la «pointe de la lance» dans les opérations de combat, le régiment aéroporté était composé des meilleurs des meilleurs des trois régiments d’infanterie canadiens. Comme toutes les forces militaires d’élite, il s’agissait d’une machine hautement entraînée et motivée, dont le seul but était de tuer. Il faut un certain état d’esprit pour faire un travail comme celui-là, et les soldats s’y entraînent sans relâche. Beaucoup, y compris moi-même, ont estimé et estiment toujours que ce n’était pas un choix approprié et qu’il allait à l’encontre de la doctrine et de la pensée militaires conventionnelles.

Une autre controverse a éclaté lorsqu’il a été découvert que le régiment avait de sérieux problèmes de racisme. Il était bien établi que des éléments suprémacistes racistes et blancs existaient au sein du régiment. Dans les portraits de membres de Airborne de cette époque, on peut voir un drapeau confédéré accroché à l’arrière-plan à côté du drapeau canadien. On savait également que le régiment avait des problèmes de discipline et on se demandait si les officiers exerçaient un contrôle adéquat sur leurs troupes.

Néanmoins, le régiment serait envoyé en Somalie en décembre, mais avant de partir, les hommes devaient commencer la prophylaxie antipaludique. Le médicament qui leur avait été donné n’avait pas été approuvé au Canada à ce moment-là et devait donc être utilisé dans le cadre d’un essai clinique. Le médicament était la méfloquine.

Procès en attente de drogue

Établissement d’un emplacement de mitrailleuse, 1993

Les faits sont exposés dans un article du Lancet, l’un des plus anciens et des plus respectés journaux médicaux à comité de lecture au monde. Un article paru dans l’édition de mai 1999 donne des détails sur la manière dont l’armée a acquis la drogue, et l’impression qui me reste est que c’est par des moyens frauduleux.

Les médicaments avaient été donnés aux militaires par le sponsor de l’étude, vraisemblablement le fabricant. Pour participer à l’étude, il est nécessaire de respecter des protocoles de rapport stricts. Des dossiers détaillés devraient être conservés, les effets indésirables signalés immédiatement et les symptômes soigneusement documentés. Les dossiers médicaux des participants devraient également être vérifiés pour dépister d’éventuels problèmes, tels que des antécédents de dépression ou d’autres maladies mentales.

Ce qui est arrivé ensuite pourrait se résumer à une expression souvent utilisée dans les forces armées. C’était un putain de cluster. Aucun effort n’a donc été fait pour enregistrer quoi que ce soit, tout mesurer, tout observer ou tout rapporter. Les hommes ont appris qu’un médicament antipaludique leur était administré, ainsi que les effets secondaires potentiels tels qu’ils apparaissent sur la monographie. Ils ignoraient qu’ils étaient censés participer à un essai clinique et qu’ils n’avaient pas obtenu le consentement éclairé nécessaire.

Parlant en tant que personne ne faisant pas partie de la profession juridique, le bon sens me dit que deux crimes ont été commis ici. Premièrement, les militaires ont agi avec un mépris flagrant pour la vie de ces hommes, qui leur a causé un préjudice, et sont également responsables de la mort de deux adolescents somaliens. Deuxièmement, en obtenant les médicaments pour l’étude n’ayant jamais eu l’intention d’exécuter le travail requis, ils ont commis une fraude par tromperie. Je me rends compte qu’il n’y aura jamais de récriminations pour cela, mais j’ai pensé que j’en aurais parlé de toute façon.

Il ressort clairement des éléments de preuve recueillis à ce jour que nombre des soldats qui se trouvaient en Somalie souffraient de graves réactions indésirables à la méfloquine. Il existe des récits d’hommes souffrant d’hallucinations, de psychose, de dépression grave et d’autres symptômes psychologiques graves. Les symptômes étaient les pires le jour où ils ont reçu leur dose hebdomadaire de méfloquine. Selon le jour de la semaine, ces hommes étaient connus sous le nom de «mardi psychopathe» ou de «mercredi férié».

Il est évident que la méfloquine a joué un rôle majeur dans les événements survenus en Somalie. J’irais même jusqu’à dire que deux adolescents somaliens n’auraient pas été tués. Le caporal-chef Clayton Matchee n’aurait pas tenté de se suicider. et le soldat Kyle Brown n’aurait pas passé de temps en prison. Il est également probable que le Régiment Aéroporté n’aurait pas été dissous en disgrâce.

Réouverture de l’enquête sur la Somalie

La Commission d’enquête sur la Somalie a pris fin en 1997, mais elle n’a pas été achevée ni achevée. Les nombreuses preuves concernant la méfloquine doivent être ajoutées au dossier et le rapport final modifié pour refléter les nouvelles informations.

Le point le plus important est peut-être que ces informations doivent être prises en compte si l’on considère l’erreur judiciaire commise concernant Clayton Matchee et Kyle Brown. Ils ont porté le fardeau de la faute sur ce qui s’est passé, et leurs noms doivent être effacés. Leurs actions étaient répréhensibles, mais en l’absence de méfloquine, elles ne se seraient pas produites.

Étant donné que seuls le premier ministre et le cabinet sont en mesure de le faire, je leur demande de siéger à nouveau à la Commission et de donner un nouveau mandat à la juge Letourneau. La justice l’exige, tout comme un grand nombre d’anciens combattants et les Canadiens qui les appuient, comme moi.

Dans la quatrième partie, Afghanistan, quinisme et poursuites judiciaires.

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